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Pension de réversion : le calcul réel, régime de base et complémentaire

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Une femme d'une soixantaine d'années range des documents dans un classeur, près d'une fenêtre, lumière naturelle du matin

Ce qu'il faut retenir - La réversion n'est jamais versée d'office : sans demande, elle n'existe pas, même quand le droit est ouvert. - Elle se joue sur deux étages aux règles opposées. Le régime de base verse 54 % de la pension du défunt mais sous condition de ressources, la complémentaire Agirc-Arrco verse 60 % sans condition de ressources. - Le plafond de ressources 2026 est de 25 001,60 € par an pour une personne seule et 40 002,56 € pour un couple. Au-delà, la réversion est réduite euro pour euro. - Une demande déposée dans l'année du décès ouvre le droit au premier jour du mois suivant le décès. Passé ce délai, le régime de base ne remonte plus au décès et la complémentaire ne rattrape qu'un an.

Sauf mention contraire, cet article traite des salariés du privé relevant du régime général et de la complémentaire Agirc-Arrco. La fonction publique, les indépendants et les régimes spéciaux appliquent d'autres règles.


1. Sans demande, il n'y a pas de réversion

Aucune caisse ne verse la réversion automatiquement. Le décès est connu de l'état civil, pas des régimes de retraite, et rien ne déclenche le calcul sans que le conjoint survivant en fasse la demande. Sans demande, le dossier n'est jamais ouvert et le droit reste dormant.

La demande se fait en une seule fois pour l'ensemble des régimes, en ligne ou sur formulaire papier (source : service-public.gouv.fr, Demander une retraite de réversion, consultée le 2 novembre 2026). Sur le compte retraite, elle permet de déposer les justificatifs immédiatement, ou de les enregistrer jusqu'à 90 jours pour reprendre plus tard (source : info-retraite.fr, Pension de réversion).

Le point de départ compte autant que le montant. La pension est due à compter du premier jour du mois qui suit le décès, mais seulement si la demande est déposée dans l'année. Passé ce délai, la date de début de versement ne peut plus être fixée au décès : le régime de base ne remonte pas avant la demande, et la complémentaire Agirc-Arrco limite le rappel à douze mois. Chaque mois d'attente au-delà de l'année est donc définitivement perdu.

2. Deux étages, deux logiques

La réversion se compose de deux pensions distinctes, versées par deux régimes différents, sur deux bases différentes.

Le régime de base, celui de l'Assurance retraite, verse une fraction de la pension de base du défunt. Il applique une condition de ressources stricte, et c'est elle qui décide du montant réellement versé.

La complémentaire Agirc-Arrco verse une fraction des points accumulés par le défunt. Elle ne regarde pas les ressources du tout.

Cette asymétrie a une conséquence pratique : un dossier refusé par le régime de base pour dépassement de ressources peut parfaitement être accepté par la complémentaire. Un refus du premier étage ne dispense donc pas de demander le second. Il faut demander les deux, dans la même démarche.

3. Le régime de base verse 54 % de la pension du défunt

La pension de réversion est égale à 54 % de la retraite de base dont le défunt bénéficiait ou aurait pu bénéficier, sans tenir compte des majorations qu'il percevait (source : service-public.gouv.fr, Pension de réversion de l'Assurance retraite, consultée le 2 novembre 2026).

Un plancher existe. Si le défunt justifiait d'au moins 15 ans d'assurance, soit 60 trimestres au régime général, la réversion ne peut pas descendre sous 4 019,13 € par an, soit environ 335 € par mois. En dessous de 60 trimestres, ce minimum est divisé en soixantièmes : un défunt qui totalise 40 trimestres ouvre droit aux 40/60 de ce plancher.

Le calcul se fait donc en deux temps. On applique les 54 %, puis on vérifie que le résultat atteint le plancher. C'est la situation des petites carrières, et c'est là que le minimum pèse le plus lourd.

4. Le plafond de ressources 2026 décide du montant réel

C'est le point que la plupart des explications passent sous silence. La réversion du régime de base est réservée aux personnes dont les ressources annuelles brutes restent sous un plafond.

Pour 2026, ce plafond est de 25 001,60 € par an pour une personne seule, soit 6 250,40 € par trimestre, et de 40 002,56 € par an pour un couple, soit 10 000,64 € par trimestre.

Le contrôle ne s'arrête pas à l'entrée dans le dispositif. Si la réversion ajoutée à vos autres ressources dépasse le plafond, la pension est réduite du montant du dépassement, de façon à ce que le total revienne exactement au plafond. La réversion n'est donc pas seulement accordée ou refusée : elle est dosée.

Les ressources retenues sont celles du foyer fiscal, ce qui inclut un conjoint, un partenaire de PACS ou un concubin (source : fiche F13104 et référentiel de l'Assurance retraite sur l'évaluation des ressources). Un changement de situation familiale, même sans mariage, modifie donc le montant versé, et tout changement de ressources ou de situation de famille doit être signalé aux régimes qui versent la réversion (source : info-retraite.fr, Pension de réversion).

5. Un exemple chiffré, du brut au versé

Prenons un défunt dont la retraite de base s'élevait à 1 500 € par mois, soit 18 000 € par an.

La réversion brute représente 54 % de ce montant, soit 9 720 € par an, ou 810 € par mois.

Le conjoint survivant vit seul et déclare 19 000 € de ressources annuelles. La réversion ajoutée à ces ressources donne 28 720 €, au-dessus du plafond de 25 001,60 €. Le dépassement est de 3 718,40 €. La réversion est réduite d'autant et tombe à 6 001,60 € par an, soit 500,13 € par mois.

La perte atteint 38 % du montant théorique, sans qu'aucune règle de calcul n'ait été enfreinte. C'est le mécanisme normal du plafond, et il explique la plupart des écarts entre ce que les gens attendent et ce qu'ils reçoivent.

6. L'âge de 55 ans, et l'allocation de veuvage avant

La réversion du régime de base suppose d'avoir au moins 55 ans au moment du départ de la pension. L'âge est abaissé à 51 ans lorsque le conjoint est décédé avant le 1er janvier 2009.

En dessous de 55 ans, un autre dispositif prend le relais : l'allocation de veuvage. Elle est versée par le régime de base pour une durée de deux ans au maximum, ou jusqu'à 55 ans si le décès est survenu après 50 ans. Elle est soumise à un plafond de ressources examiné sur les trois mois qui précèdent la demande, et elle s'interrompt en cas de remariage, de PACS ou de vie en concubinage.

7. La complémentaire verse 60 %, sans condition de ressources

Le calcul Agirc-Arrco est plus simple, et plus généreux sur sa base. L'allocation représente 60 % des droits du défunt, obtenus en multipliant ses points par 60 %, puis par la valeur de service du point.

Cette valeur est de 1,4587 € depuis le 1er novembre 2026 (source : Agirc-Arrco, circulaire 2026-3-DT du 21 octobre 2026). Un défunt qui totalisait 4 000 points ouvre donc droit à 3 500,88 € par an, soit 291,74 € par mois.

Trois différences comptent par rapport au régime de base. La complémentaire est attribuée sans aucune condition de ressources, quels que soient vos revenus. Elle exige elle aussi un âge minimum, 55 ans, abaissé lorsque le survivant a au moins deux enfants à charge au moment du décès ou lorsqu'il est invalide. Et elle est calculée sur des points, pas sur une pension : elle existe donc même si le défunt n'avait pas encore liquidé sa retraite.

En contrepartie, elle disparaît en cas de remariage, et elle est soumise aux prélèvements sociaux et à l'impôt comme une pension de retraite.

8. Plusieurs mariages : le partage au prorata

Quand le défunt laisse un conjoint survivant et un ou plusieurs ex-conjoints divorcés non remariés, la réversion est partagée entre eux proportionnellement à la durée de chaque mariage. Chacun reçoit une fraction, et la somme des fractions reconstitue l'allocation entière.

Prenons 4 000 points et deux ayants droit, l'un marié 20 ans, l'autre 10 ans. Le premier reçoit les deux tiers de l'allocation, soit 2 333,92 € par an ou 194,49 € par mois. Le second reçoit le tiers restant, soit 1 166,96 € par an ou 97,25 € par mois.

Le partage suit la durée du mariage, pas sa date. Un mariage long et ancien pèse autant qu'un mariage long et récent.

9. Les majorations, sous conditions de plafond

Deux majorations peuvent s'ajouter à la réversion du régime de base.

La première est de 11,1 %. Elle suppose trois conditions réunies : avoir 67 ans, avoir fait valoir toutes ses retraites, et recevoir un total de pensions inférieur à 3 020,07 € par trimestre. Au-delà de ce seuil, la majoration est réduite de manière à ne pas le dépasser.

La seconde est de 10 % pour une personne ayant eu ou élevé au moins trois enfants. Elle suit les mêmes règles de plafonnement que la réversion elle-même.

Ces majorations sont donc réservées aux situations modestes. Pour un foyer qui dépasse les seuils, elles sont nulles ou résiduelles.

10. Comment se déroule la demande

La démarche est unique : la demande vaut pour tous les régimes auxquels le défunt a cotisé. Le compte retraite permet de déposer les justificatifs au fil de la saisie, ou de les enregistrer jusqu'à 90 jours et de reprendre plus tard sans perdre la demande. Un simulateur de droit à la réversion, accessible sur le même portail, permet de vérifier en amont si les conditions sont réunies (source : info-retraite.fr, Pension de réversion).

Un point de procédure à connaître : l'absence de réponse pendant plus de quatre mois à une demande de réversion du régime de base vaut décision de refus (source : service-public.gouv.fr, fiche F13104).

Questions fréquentes

Le PACS ouvre-t-il droit à la réversion ? Non, ni au régime de base ni à la complémentaire (sources : service-public.gouv.fr, fiche F13104, et Agirc-Arrco, conditions de réversion). Seul le mariage ouvre le droit. Le PACS produit l'effet inverse : les ressources du partenaire entrent dans le foyer fiscal, ce qui peut faire dépasser le plafond et réduire la réversion du régime de base.

Ma réversion de base a été refusée pour dépassement de ressources, est-ce perdu ? Non. Le refus ne vaut que pour le régime de base. La complémentaire Agirc-Arrco est versée sans condition de ressources, et il faut la demander même après un refus.

Que se passe-t-il en cas de remariage ? La réversion Agirc-Arrco s'arrête. Pour le régime de base, la fiche officielle ne mentionne pas de fin de droit au remariage : elle apprécie les ressources du foyer, avec le plafond applicable à un couple. Le nouveau conjoint entre donc dans le calcul, et la réversion est réduite si le plafond est dépassé. Ce point mérite une confirmation auprès de la caisse avant de compter sur le versement.

Pour aller plus loin

Sources

Références consultées le 2 novembre 2026, sur les versions en ligne à cette date.

  1. service-public.gouv.fr, Pension de réversion de l'Assurance retraite, fiche consultée le 2 novembre 2026.
  2. service-public.gouv.fr, Demander une retraite de réversion, démarche consultée le 2 novembre 2026.
  3. info-retraite.fr, Pension de réversion, portail interrégimes, consulté le 2 novembre 2026.
  4. Agirc-Arrco, La réversion Agirc-Arrco pour le conjoint, consultée le 2 novembre 2026.
  5. Agirc-Arrco, Circulaire 2026-3-DT : valeur de service du point au 1er novembre 2026, 21 octobre 2026.
  6. L'Assurance retraite, Évaluation des ressources du demandeur d'une pension de réversion, référentiel opposable, consulté le 2 novembre 2026.
  7. service-public.gouv.fr, CSG et CRDS sur les revenus d'activité et de remplacement, fiche consultée le 2 novembre 2026.

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